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Pourquoi tant de personnes « instruites » sont complètement hypnotisées par un bateleur nocif comme Mélenchon ?

Je parle ici des plus âgés, les plus jeunes subissent aujourd’hui un formatage effarant de l’ULB à Oxford en passant par Science Po Paris…

« Et si la culture, l’intelligence et l’éducation n’étaient pas gages de sagesse, mais en réalité prédisposaient à l’erreur ? En URSS, les détenteurs d’un diplôme universitaire étaient deux à trois fois plus susceptibles que les diplômés du secondaire de soutenir le Parti communiste. Au Cambodge, les Khmers rouges étaient dirigés par huit intellectuels francophones : cinq enseignants, un professeur d’université, un fonctionnaire et un économiste. Tous avaient étudié en France dans les années 1950, notamment à la Sorbonne, où ils avaient assimilé la pensée sartrienne sur l’engagement et la violence nécessaire.

En Occident, de nombreux intellectuels de premier plan agirent en compagnons de route du régime soviétique, de Jean-Paul Sartre (« Un régime révolutionnaire doit se débarrasser des individus qui le menacent, et je ne vois pas d’autre moyen que la mort. On peut toujours sortir d’une prison ») à Bertolt Brecht (au sujet des fusillés des procès de Moscou : « Plus ils sont innocents, plus ils méritent d’être fusillés ») ou Bernard Shaw (« Staline sera réhabilité par la postérité, comme l’ont été Voltaire et George Washington »), en passant par Althusser, Aragon, André Glucksmann, Edgar Morin, Noam Chomsky…

À son retour de la guerre d’Espagne, George Orwell échoua à faire publier dans des revues influentes le récit des purges, tortures et exécutions commises par le Parti communiste espagnol en raison du soutien tacite de l’intelligentsia britannique au communisme. Il mit ensuite longtemps, pour les mêmes raisons, à trouver un éditeur à sa satire antitotalitaire La Ferme des animaux (le poète T.S Eliot reprocha à Orwell de ne pas présenter le « point de vue trotskiste » avec suffisamment de bienveillance ). « L’intelligentsia anglaise, écrivit Orwell dans la préface du livre enfin publié, a développé une loyauté nationaliste envers l’URSS, et dans son for intérieur, elle a l’impression que mettre en doute la sagesse de Staline est une forme de blasphème. »

Quant au nazisme, soutenu par Martin Heidegger ou Carl Schmitt, c’est au sein de l’élite intellectuelle allemande qu’il suscita le plus d’enthousiasme.

« Pendant son ascension, raconte l’historien Paul Johnson, Hitler a constamment rencontré le plus grand succès sur les campus. Il obtenait toujours de bons scores auprès des enseignants et des professeurs d’université. De nombreux intellectuels furent attirés par les hautes sphères du parti nazi et participèrent aux excès macabres des SS. Les quatre Einsatzgruppen comptaient une proportion exceptionnellement élevée de diplômés universitaires parmi leurs officiers. Otto Ohlendorf, qui commandait le bataillon « D » [et qui assassina 33 721 Juifs en deux jours] était diplômé de trois universités et détenait un doctorat en jurisprudence. »

Dans la deuxième moitié du 20ème siècle, l’intelligentsia parisienne ne brilla pas par sa clairvoyance. Fidel Castro reçut la visite d’Agnès Varda (qui réalisa un film de propagande le comparant à Gary Cooper), de Sartre (qui en tira seize articles élogieux pour France-Soir) ou de Simone de Beauvoir (qui décrivit le dictateur cubain comme un philanthrope surdoué et bienveillant).

De Beauvoir n’en était d’ailleurs pas à sa première compromission avec le totalitarisme. Quelques années plus tôt, elle s’était rendue en Chine. Pour, à son retour, publier un livre de cinq cents pages à la gloire du maoïsme. « Le programme appliqué par le régime, analysait-elle, est celui qu’aurait adopté n’importe quel gouvernement moderne et éclairé, soucieux de faire progresser son pays. » En Chine, écrivait-elle, « la liberté est une très concrète réalité ». La philosophe s’indignait du mythe véhiculé par la « presse bourgeoise » selon lequel le pays était une dictature.

« La fonction officielle de Mao n’implique que des attributions assez limitées. Le prestige personnel de Mao, ses qualités, sa compétence lui assurent cependant un rôle prépondérant ; en particulier il est depuis 1927 le spécialiste incontesté des questions paysannes. Mais le pouvoir qu’il exerce n’est pas plus dictatorial que celui qu’a détenu par exemple un Roosevelt. La Constitution de la Chine nouvelle rend impossible la concentration de l’autorité entre les mains d’un seul : le pays est dirigé par une équipe dont les membres sont unis par une longue lutte en commun et une étroite camaraderie. »

De Beauvoir louait « l’inimitable naturel » du Grand Timonier « qui vient peut-être de ses profondes attaches paysannes – et de la sereine modestie d'un homme trop engagé dans le monde pour s’occuper de sa figure ». Elle insistait : « Puissant ou subtil, son visage manifeste une personnalité hors-série. Non seulement il séduit, il inspire un sentiment bien rare : du respect. » Comme chacun sait, Mao se rendit responsable de 40 à 80 millions de morts, ce qui en fait sans doute le plus grand criminel de masse de l’histoire de l’humanité.

Deux décennies plus tard, Sartre acclama la révolution islamique iranienne, tout comme le fit Michel Foucault, qui décrivit avec une certaine naïveté la politique progressiste que mènerait, selon lui le régime des mollahs :

« Par "gouvernement islamique", personne, en Iran, n’entend un régime politique dans lequel le clergé jouerait un rôle de direction ou d’encadrement. […] On peut trouver dans le Coran des directions générales : l’islam valorise le travail ; nul ne peut être privé des fruits de son labeur ; ce qui doit appartenir à tous (l’eau, le sous-sol) ne devra être approprié par personne. Les libertés seront respectées dans la mesure où leur usage ne nuira pas à autrui ; les minorités seront protégées et libres de vivre à leur guise à condition de ne pas porter dommage à la majorité ; entre l’homme et la femme, il n’y aura pas inégalité de droits, mais différence, puisqu’il y a différence de nature. Pour la politique, que les décisions soient prises à la majorité, que les dirigeants soient responsables devant le peuple et que chacun, comme il est prévu dans le Coran, puisse se lever et demander des comptes à celui qui gouverne. »

Si la postérité n’est pas tendre avec certains des grands penseurs du siècle dernier, qui sait quel sort elle réserve aux nôtres ? »

Samuel Fitoussi
"Essayiste, entrepreneur et chroniqueur au Figaro, Samuel Fitoussi est l'auteur du remarqué Woke Fiction (Le cherche midi, 2023)."

 

 

Tag(s) : #Belgique, #Europe, #France, #Islamisation, #Monde, #Politique, #extrême-gauche
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